Etude des micro-habitats :

Résultats

 

L’objectif de ce travail est d'identifier et de quantifier l’habitat physique de l’espèce. La méthode choisie consiste à établir des courbes de préférences pour les trois variables physiques considérées comme essentielles en milieu lotique. Ces variables sont :

 

La démarche est simple : chaque fois qu’un poisson est observé, on mesure ces différentes variables au point focal du poisson, c’est-à-dire à la pointe de son museau. Pour chaque variable, on obtient ainsi des distributions qui rendent compte de l’utilisation de l’habitat, que l’on nomme courbes d’utilisation de l’habitat. Cependant, la disponibilité de ces mêmes variables au sein de la rivière influe sur le choix du poisson : par exemple, si une vitesse de courant élevée est rare dans la rivière, mais que le poisson s’y trouve, cela traduit une préférence forte pour cette vitesse élevée. En revanche, si l’on trouve les poissons sur un substrat sableux, mais que le sable est une granulométrie abondante dans la rivière, alors la préférence du poisson pour le sable ne sera pas très marquée : sa présence sur ce substrat peut relever d’un phénomène aléatoire, et non d’un véritable choix. Enfin, certaines valeurs de vitesses, hauteurs ou granulométries ne sont tout simplement pas disponibles dans le secteur _tudi_, mais cela ne veut pas dire que le poisson ne les sélectionnerait pas si elles étaient disponibles.

Nous procédons en deux temps : tout d’abord nous relevons les variables d’habitat utilisées par les poissons, ensuite nous réalisons un échantillonnage de ce qui est disponible au sein d'un tronçon représentatif du cours d’eau. Connaissant la disponibilité de chaque variable, nous pouvons pondérer les courbes d’utilisation de l’habitat, afin d’obtenir les courbes de préférences. Les protocoles utilisés pour ce travail sont issus de la thèse de Lamouroux (1997). Ces courbes pourront être utilisées dans le calcul de la capacité d’accueil d'un cours d’eau par la méthode des micro-habitats (Ginot, 1995).

 

 

Quelques résultats …

 

Courbes de préférences de granulométrie

Les 11 classes de granulométries ont été regroupées en 5 classes. Les courbes de préférences en période de croissance et de maturation sont comparables et caractérisées par une préférence marquée pour les sables (de 0.0625 à 2 mm de diamètre). Les graviers (2 à 16 mm) et les gros éléments (> 64 mm : pierres et blocs/dalles) sont évités (Fig.2 et Fig.3).

La seule différence observée en période de reproduction est une forte augmentation de la préférence pour les pierres (64 à 256 mm). Le sable est toujours sélectionné et les graviers et les blocs/dalles sont toujours évités (Fig.4).

Figure 2 : Courbe de préférence de granulométrie des Aprons de la Beaume en période de croissance.

 

Figure 3 : Courbe de préférence de granulométrie des Aprons de la Beaume en période de maturation.

Figure 4 : Courbe de préférence de granulométrie des Aprons de la Beaume en période de reproduction.

 

Courbes de préférences de hauteur d’eau

Quatre classes de hauteur d'eau ont été constituées. Les préférences en période de croissance et de reproduction sont assez proches : les profondeurs de 20 à 50 cm sont fortement préférées et les profondeurs inférieures à 20 cm et supérieures à 80 cm sont évitées (Fig.5). Il faut cependant rester prudent sur l'évitement des profondeurs les plus importantes car notre protocole d’échantillonnage ne permet pas de prospecter les zones les plus profondes (> 1m). En période de maturation, ce sont les profondeurs de 20 à 80 cm qui sont préférées. Les faibles (< 20 cm) et fortes (> 80 cm) profondeurs sont toujours évitées.

Figure 5 : Préférences de hauteur d'eau des Aprons de la Beaume pour les trois périodes de leur cycle biologique.

 

 

Courbes de préférences de vitesse de la colonne d’eau

Quatre classes de vitesse ont également été constituées. En période de croissance, les vitesses de courant intermédiaires (de 0.15 à 0.30 m.s-1) sont fortement préférées, et les vitesses très faibles (< 0.05 m.s-1) et fortes (> 0.3 m.s-1) sont clairement évitées. En revanche, pendant les périodes de maturation et de reproduction, seules les vitesses fortes (> 0.3 m.s-1) sont préférées. Les vitesses très faibles restent fortement évitées.

Figure 6 : Préférences de vitesse moyenne du courant des Aprons de la Beaume pour les trois périodes de leur cycle biologique.

 

Evolution de l'utilisation de l'habitat en fonction de la taille

 

Nous avons enfin testé l'influence de la longueur totale des poissons sur leur utilisation de l’habitat. Les poissons ont été répartis en trois classes : les "juvéniles" (< 11.5 cm), les "adultes" (11.5 à 14 cm) et les "gros adultes" (> 14 cm). Les données récoltées en période de reproduction ont été exclues de cette analyse, étant donné que l'évolution des préférences d'habitat observée en cette saison est liée au déplacement des individus ayant atteint la maturité sexuelle vers les radiers (adultes et gros adultes) et est donc fortement influencée par la taille. Les différences entre les distributions ont été testées par des tables de contingence. Aucun effet de la taille n’a été détecté pour la granulométrie et la hauteur d’eau. En revanche, l'utilisation de la vitesse au fond (Fig.7) et de la vitesse moyenne de la colonne d’eau (Fig.8) est influencée par la taille.

Figure 7 : Utilisation de la vitesse du courant au fond par les Aprons de la Beaume en fonction de leur taille. Pour chacune des trois classes de taille, l'effectif total étudié a été ramené à 1.

 

Figure 8 : Utilisation de la vitesse moyenne du courant par les Aprons de la Beaume en fonction de leur taille. Pour chacune des trois classes de taille, l'effectif total étudié a été ramené à 1.

Les "gros adultes" utilisent les vitesses de courant les plus faibles, que ce soit à proximité du fond ou dans la colonne d’eau (plus de 75% des individus sont dans des vitesses au fond < 0.05 m.s-1 et des vitesses moyennes < 0.15 m.s-1), alors que les juvéniles se retrouvent plus souvent dans des zones au courant plus important, notamment en ce qui concerne la vitesse moyenne de la colonne d’eau (plus de 75% sont observés dans des vitesses moyennes > 0.15 m.s-1).

 

Jacques LABONNE, Stéphanie ALLOUCHE & Philippe GAUDIN

Laboratoire d'Ecologie des Hydrosystèmes Fluviaux

UMR CNRS 5023

Université Claude Bernard Lyon I

43 Bd du 11 novembre 1918

69622 VILLEURBANNE Cedex

 

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